Interview de Odd Arne Westad

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1/ Face à la masse d’informations aujourd’hui disponible sur Internet, quelle contribution un livre tel que l’Histoire du Monde peut-il apporter ?

O. A. Westad : Internet est un merveilleux outil pour obtenir des informations historiques. Mais, comme pour n’importe quel type de savoir, Internet
a tendance à fragmenter l’information, rendant plus difficile une bonne perception des interprétations plus larges. Avec ce livre, nous avons essayé d’offrir aux
lecteurs un outil pour faire dialoguer les cultures et tenter de comprendre l’histoire humaine dans son ensemble, de ses origines à aujourd’hui.

2/ Aujourd’hui, on entend beaucoup parler d’« histoire globale ». Comment situez-vous L’Histoire du Monde par rapport à cette approche historiographique ?

O. A. W. : L’Histoire du Monde a été de bien des manières un livre pionnier dans l’histoire globale.
Quand le livre a été publié pour la première fois dans les années 70, presque personne n’essayait alors d’avoir une vue
globale. Et ceux qui s’y risquaient étaient encore tellement centrés sur l’histoire récente de l’Occident qu’ils n’ont
guère réussi à se départir de cette vision pour vraiment faire dialoguer les différentes formes de l’activité humaine.
Ce qui est intéressant à propos de John M. Roberts, c’est qu’en tant qu’historien de l’Europe, il comprenait que la période
de domination européenne du monde était un phénomène passager et ce, malgré les conséquences que ce phénomène a eues globalement.

3/ Originaire de Norvège, vous avez été professeur à Londres et maintenant à Harvard aux Etats-Unis.
Vous êtes expert de l’Asie et de la guerre froide, comment décririez-vous le rôle de l’historien aujourd’hui ?
Peut-on parler de sphères d’innovation à l’international ?

O. A. W. : L’Histoire comme champ d’investigation est devenue plus internationale,
à la fois au niveau des sujets étudiés et du fait que les historiens se déplacent plus. Néanmoins,
cela ne se fait pas toujours ressentir au niveau de la diversité historiographique et méthodologique.
Au contraire, l’Histoire – particulièrement dans les pays anglophones – a eu tendance à se préoccuper
d’un nombre limité d’approches, ce qui rend la discipline moins pertinente pour un certain nombre de lecteurs.
C’est dommage, et j’espère que l’histoire globale – qui est un champ d’investigation très vaste – sera capable de transcender cela, du moins en partie.

4/ On imagine assez peu que l’histoire antique puisse elle aussi évoluer.
Pouvez-vous nous donner quelques exemples du type d’informations et de recherches qui amènent à
repenser cette histoire et à déterminer de nouvelles manières de comprendre le passé ?

O. A. W. : Notre passé le plus ancien évolue davantage en tant que champ
de recherche que l’histoire des époques plus récentes. Il y a deux raisons à cela. La première
est liée aux avancées technologiques majeures qui nous ont permis de mieux comprendre la préhistoire
et les débuts de la vie humaine. Voyez à quel point l’étude de l’ADN humain a transformé notre vision
du passé. Et nous comprenons également beaucoup mieux comment les sociétés humaines primitives
s’influençaient entre elles, comment les idées, les outils et les technologies voyageaient.
De ce fait, nous sommes mieux équipés pour comprendre comment certains aspects les plus primitifs
de l’histoire humaine ont résonné à travers les siècles, parfois même jusqu’à aujourd’hui.

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1/ With the mass of information now available on Internet what contribution can a History of the World in book form make ?

O. A. Westad : The Internet is a wonderful tool for getting historical information. But, as with other knowledge, it fragments
history, so that broader interpretations may be more difficult to see. What we try to do with this book is to offer a tool for debating and
understanding the broad sweep of human history, from its origins to today.

2/ Today one hears a lot about ‘global history’. How would situate the Penguin History of the World in relation to this historiographical approach ?

O. A. W. : The Penguin History of the World has in many ways been a pioneer of global history.
When it was first published in the 1970s, very few accounts tried to take a global view. And those that did were
still so centered on the recent history of the West that they did little to connect various forms of human activities
that did not privilege that view. What’s so funny about John M. Roberts is that he was a historian of Europe who understood
that the epoch of European domination of the world was a passing phenomenon, in spite of the consequences that it had globally.

3/ As a historian from Norway, professor in London and now at Harvard in the United States,
expert on Asia and the Cold War, how would you characterize the role of the historian today? Can we speak of spheres of innovation internationally ?

O. A. W. : History as a field of investigation has become more international, both in terms of
subjects studied and in terms of historians moving about. This, however, is not always reflected in a historiographical
and methodological diversity. On the contrary, history — especially in the Anglophone countries — has become more preoccupied with a limited
number of approaches, which makes it less relevant as a discipline to most readers. This is a pity, and I hope that global
history — as a very broad field of investigation — will be able to transcend it, at least in part.

4/ We rarely imagine that the history of ancient times can also evolve. Could you give some examples of what
kinds of information and research lead to a rethinking or new ways of understanding the past?

O. A. W. : Our deeper past evolves more as a field of inquiry than the history of more recent times does.
There are two main reasons for this. The first is that we have had immense breakthroughs in the technologies available for
understanding pre-history and early human history. Think about how the study of human DNA has transformed our view of the past.
But we have also become much better at understanding how early human societies influenced each other, how ideas, tools, and technologies travelled.
So in this sense we are better equipped to grasp how some very early aspects of human history have reverberated through centuries, in some cases up to today.

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